Jann Gallois

Dans quelle dimension un corps peut-il s’engager afin de raconter ou d’évoquer quelque chose? Voici la première question qui m’habite lorsque la nécessité de créer me vient, car l’essentiel de mes recherches est de donner une traduction sensible à ce qui peut paraître, dans un premier temps, abstrait.

J’ai besoin avant tout de parler de nous. Des hommes et des femmes que nous sommes, et que j’observe avec autant de fascination que d’aversion. J’y vois des âmes enfermées dans des boites, des boites qui gesticulent, interagissent, et se démènent comme elles peuvent pour donner un sens à leur petit bout de vie ici sur Terre. Des âmes pleines de force divine dont elles sont l’essence même, mais malheureusement bien souvent aveuglées par l’ignorance de leur nature profonde.

La crise que nous vivons n’est pas simplement économique et financière, mais aussi philosophique et spirituelle. Elle renvoie à des interrogations universelles : qu’est-ce qui rend l’être humain heureux ? Qu’est-ce qui peut être considéré comme un véritable progrès ? Quelles sont les conditions d’une vie sociale harmonieuse ? Ce sont toutes ces questions qui me traversent et qui génèrent en moi l’envie d’exprimer et de partager cette réflexion à travers des corps en mouvement, car le corps, lui ne ment jamais. Il y a en chaque homme quelque chose de sacré, mais ce n’est pas sa personne, c’est juste cet homme vide de tout égo.

La danse est pour moi l’expression pure de l’âme. Lorsque qu’on danse avec son coeur ouvert, l’âme qui vibre à l’intérieur peut alors parfois atteindre le coeur d’un autre s’il accepte lui aussi de s’ouvrir. La danse est ce langage universel qui unit tous les peuples, tous les âges, d’où que l’on vienne et qui que l’on soit. Je perçois un corps en mouvement tout comme j’écoute une musique, l’art chorégraphique est pour moi un chant du corps visuel et graphique. Ainsi, tout comme jouer de la musique, danser c’est libérer une vérité intérieure purifiée de toutes codifications et limitations du langage. Pouvoir révéler l’ineffable qui se trouve en chacun de nous. Travaillant une matière palpable, celle du corps, je la pétris en cherchant toujours à retranscrire les effets physiques d’une ‘traversée’. Comment, par exemple, un corps peut-il être traversé par une force gravitationnelle décuplée ( P=mg ), par un trouble psychique ( Diagnostic F20.9 ) par la présence d’un ou des autres ( Compact et Quintette ) ou encore par la décision arbitraire d’un groupe extérieur à qui l’on remet tous les pouvoirs en main ( Carte Blanche ). Je crée systématiquement en m’imposant une contrainte centrale, simple, propre à chacune de mes créations, et m’efforce de la maintenir car j’y vois alors un moteur à la créativité.

J’aime finir par une citation du grand maître yogi B.K.S Iyengar dont l’oeuvre et la compréhension du corps sont pour moi une profonde source d’inspiration : ‘Tout l’enjeu est d’apprendre à faire de son corps non pas un obstacle mais l’instrument même de sa propre réalisation’

Jann Gallois

 


 

Biographie

 

 

En 2012, après un riche parcours d’interprète, Jann Gallois se lance dans l’écriture chorégraphique, fonde la Cie BurnOut et crée P=mg, solo neuf fois récompensé par des prix internationaux tels que le Prix Paris Jeune Talent et le Prix Beaumarchais-SACD à Paris, le Prix Solo-Tanz Theater à Stuttgart, le Prix Masdanza aux Canaries, le Prix Machol Shalem à Jérusalem, le Prix du Public HiverÔclites 2015 au CDC Les Hivernales à Avignon et le 1er Prix Solo Dance Contest de Gansk en Pologne.

Très vite remarquée, Jann Gallois confirme sa signature artistique en échappant aux conventions de sa famille hip hop. Elle crée Diagnostic F20.9 en 2015 (une nouvelle fois en solo) ce qui lui a valu le titre de ‘Meilleur Espoir de l’année’ par le magazine allemand Tanz.

Implantée en région Ile-de-France, elle fut d’abord artiste associée au Théâtre Louis Aragon de Tremblay-en-France (2016-2017) avant de l’être auprès de Chaillot – Théâtre National de la Danse (2017-2021) et à la Maison de la Danse de Lyon (2018-2019). Depuis 2020, Jann Gallois est artiste associée au Théâtre Paul Eluard de Bezons ainsi qu’au Théâtre du Beauvaisis, scène nationale de Beauvais.

Depuis ses débuts, Jann Gallois a créé 7 pièces chorégraphiques et 3 commandes :

  • P=mg -2013- solo créé à l’occasion du prix SACD-Beaumarchais
  • Diagnostic F20.9 -2015- solo créé au CDCN Atelier de Paris – Carolyn Carlson
  • Compact -2016- duo créé au Festival Suresnes Cités Danse
  • Carte Blanche 2016- trio créé à la Parenthèse – Festival off d’Avignon
  • Quintette -2017- pièce pour 5 danseurs créée au Festival de Danse de Cannes
  • Reverse -2018 puis reprise en 2020- pièce pour 5 danseurs créée à la Triennale de Yokohama – Japon
  • Samsara -2019- pièce pour 7 danseurs créée au Théâtre National de Chaillot 

Parallèlement à ses projets personnels, elle reçoit régulièrement des commandes. En Mai 2014, elle répond à la commande de la MPAA de Paris et crée Humanoïde, pièce pour 7 danseurs amateurs, en février 2017 Jann crée One Step One Dream au Burkina Faso pièce pour 5 danseurs burkinabais suite à une commande de l’Institut Français de Ouagadougou et en Juillet 2017 elle co-écrit avec le metteur en scène Lazare le duo L’éclosion des gorilles au coeur d’artichaut au Festival d’Avignon dans le cadre des Sujets à Vif.

Chacune de ces créations sont autant de pièces que d’univers et d’esthétiques uniques, allant d’une danse exigeante et précise à une théâtralité affirmée. Depuis la création de sa compagnie en 2012, Jann Gallois diffuse la totalité de son répertoire avec plus de 350 représentations en France comme à l’étranger (Suisse, Espagne, Italie, Angleterre, Allemagne, Danemark, Israël, Brésil, Japon, Norvège, Laos, Russie, Panama, Burkina Faso…).

Parmi ses projets à venir figurent Ineffable, solo dont la création aura lieu au Festival Montpellier Danse le 30 Juin 2021, et Mandala, création pour 30 danseurs amateurs prévue en septembre 2021 au Théâtre Paul Eluard de Bezons.